L’obsession du mal

de Saint-Denys Garneau et la crise identitaire au Canada français

François Charron


ISBN: 978-2-89419-186-6

ISBN: 978-2-89419-186-6

Ce remarquable ouvrage redonne vie non seulement au poète Saint-Denys Garneau mais aussi à toute une époque dont ses écrits allaient devenir le plus déchirant témoignage. Né en 1912, Garneau démontre très tôt des talents littéraires qui culminent dans son unique publication, Regards et jeux dans l’espace (1937), livre aujourd’hui reconnu comme essentiel dans l’avènement de notre modernité. L’essai biographique de François Charon retrace avec rigueur le cheminement intérieur d’un homme bien différent de celui qu’une imagerie pieuse aura voulu consacrer. Nature partagée entre une âme scrupuleuse et une audacieuse lucidité d’écriture, entre un jansénisme puritain et une sensualité païenne, de Saint-Denys Garneau nous révèle ici les conflits qui l’habitent dans la difficile aventure «d’être soi».

Avec ce travail, on pourra tour à tour découvrir les aspirations de l’enfant rêveur sous l’emprise de la maladie, la turbulence du jeune collégien incapable de supporter sans révolte l’ordre des choses, les réflexions ardentes de l’intellectuel épris tout autant d’intelligence que de beauté, les déconvenues du croyant écartelé par ses désirs et l’idole de douleur du catholicisme. À la fois description et analyse des événements qui marquent une existence aussi brève que fulgurante (Garneau meurt subitement à l’âge de trente et un ans), l’essai débusque les nombreuses contradictions qui laissent l’individu en proie à une misère affective catastrophique.

Qu’il s’agisse des poèmes, du Journal, de la correspondance, des articles critiques, cette œuvre d’une grande richesse demeure indissociable d’une culpabilité religieuse qui pénètre entièrement son auteur. En tenant compte du contexte social de celui-ci, et en faisant intervenir les concepts de la pensée freudienne, François Charron nous indique les répercussions d’une morale antisexuelle sur un être doué d’une sensibilité et d’une curiosité hors du commun.

Véritable mine d’informations, L’obsession du mal reste indispensable à tous ceux qui veulent comprendre le destin tragique d’un homme qui, depuis ses premiers malaises psychologiques jusqu’à sa réclusion angoissée au manoir de Sainte-Catherine de Fossambault, aura porté le drame culturel du Canada français à son point d’éclatement. Sans spiritualisme ni fausse pudeur, voici donc enfin livrée au public, l’histoire profondément humaine d’un être aussi attachant que paradoxal dans sa quête éperdue de vérité.
 


2001, 592 p.